Entretien avec le Président du conseil d’administration de CABC SA, François Jaunin


- Pour quelles raisons la commune a-t-elle crée l’entreprise CABC SA ?

Tout a débuté en 2005. Une partie des chaudières des bâtiments communaux arrivaient en fin de vie. La commune devait les remplacer.

Le conseil communal a engagé une étude sur la faisabilité d'un réseau de chauffage à distance pour raccorder et alimenter l’ensemble des bâtiments.
A cette époque on commençait à parler d’énergies renouvelables, de « transition énergétique » pour limiter notre dépendance aux énergies fossiles. Suite à plusieurs discussions avec les habitants de Cartigny qui manifestaient une sensibilité environnementale, la mairie a décidé d’envoyer un tout ménage pour interroger la population sur la pertinence de la réalisation d’un réseau de chauffage à distance bois.
A la grande surprise de tous, la commune a reçu 70% de réponses positives.

Dès lors, la commune a entrepris une étude globale pour l'établissement de la faisabilité financière et technique du projet. Il a été décidé de créer une entité séparée pour la gestion du chauffage, CABC SA (chauffage à bois Cartigny SA), détenue à 100% par la commune de Cartigny et dirigée par un conseil d'administration.

- Pourquoi un chauffage à distance bois ?

Le chauffage bois est une technologie parmi d’autres, qui répond aux objectifs fixés par la confédération mais aussi par le canton avec le projet d’une Société à 2000 watts, qui prévoit à Genève 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050.
Le potentiel de développement de l’énergie bois est encore sous-estimé mais tend à se généraliser, de plus en plus dans les éco-quartiers.
Pour Cartigny, la réalisation d’un chauffage à distance bois est un projet durable qui a du sens pour les générations futures.

- L’installation d’un chauffage à distance bois représente un surcoût par rapport à une chaudière mazout ?

Je vais donner un exemple très simple, la nourriture bio est plus cher, car on a une traçabilité totale du produit et son mode de production s’inscrit dans la durée. Le chauffage à distance bois, c’est un peu pareil. C’est plus cher car on a une traçabilité du combustible, ce sont des plaquettes forestières locales et cette nouvelle énergie s’inscrit dans la durée dans la mesure ou elle contribue à la préservation de notre environnement.

- Combien coûte un kWh de cette énergie durable ?

En ce qui concerne la commune de Cartigny, le prix de revient du kWh a été fixé en 2005, lors du lancement du projet, à CHF- 0,16. Il était basé sur les subventions promises par le canton et l’estimation d’une consommation de 9'000'000 kWh par année (selon les chiffres donnés par les propriétaires). Le projet total était estimé à CHF- 7'500 000. Aujourd’hui il est vrai que la consommation ne correspond pas aux prévisions et de fait impacte le prix du kWh. C’est le principe de l’économie d’échelle plus on consomme moins, moins c’est cher, car le prix de revient est absorbé par la quantité générée.

- Est-ce que vous encourager les communes à suivre votre exemple ?

Pour sortir progressivement de notre dépendance au nucléaire, j’encourage bien naturellement toutes les communes à développer ce type de projet, mais c’est un chemin escarpé !
En résumé, les travaux ont débuté au printemps 2008. Il faut savoir que pour créer un réseau d'une telle importance, il a fallu ouvrir par étapes toutes les routes du village, éviter toutes collusions avec les autres services techniques souterrains, aller dans toutes les chaufferies à raccorder en passant par les jardins, les cours, percer les murs, traverser des cuisines ou salons habités, le tout sans jamais couper complètement les accès routier ou piéton pour nos habitants. Dès l'hiver 2008, les premiers raccordements de preneurs on été mis en service. Au total, les travaux ont coûté CHF- 9'000'000, mais le nombre de preneurs a augmenté de 70 à 103 pendant la durée des travaux, car de nombreux propriétaires voyant les tuyaux passer près de chez eux ont décidé de se raccorder.

- Quelles sont les difficultés rencontrées ?

Il faut reconnaître que les trois premiers hivers  après la mise en service, n'ont vraiment pas été de tout repos. Une surconsommation et une perte de puissance importante des chaudières, due à une erreur de construction des voûtes intérieures, ont nécessité de nombreuses interventions de nettoyage. Les représentants de la commune et l’équipe technique ont passé plusieurs nuits blanches pour assurer le bon fonctionnement de l’installation et l’acheminement de la chaleur dans toutes les habitations. Il est vrai qu’aujourd’hui nous poursuivons nos efforts pour limiter les nuisances auprès des consommateurs.

- Quelles conclusions portez-vous aujourd’hui ?

Après ces trois saisons d'expérience, nous avons pu remédier à tous les défauts de jeunesse et nous pouvons dire aujourd'hui que notre installation fonctionne bien mais nécessite encore des interventions l’hiver, que nous souhaitons limiter à l’avenir.
Nous travaillons aujourd’hui sur plusieurs points à améliorer.
A ce jour, nous avons une perte sur réseau annuel d'environ 20%, c’est un peu élevé. Lors de l'étude menée par l'université de Genève sur notre installation, il a été constaté que les deux chaudières avaient été dimensionnées pour pouvoir chauffer la totalité des habitations de la commune, ce qui n'est pas le cas pour le moment. Plusieurs pistes sont à l'étude pour pouvoir diminuer cette perte.

Autre point important, l'augmentation de 25% du prix de kWh par rapport au prix annoncé initialement. Cette augmentation est le résultat d'un coût final des travaux de CHF- 9'000'000 qui inclut le raccordement de 33 preneurs supplémentaires, de l'achat et la pose d'un filtre à particules fines. L’amortissement de l’installation se fera progressivement avec le raccordement prochain des habitations de la Petite Grave. Pour terminer, nous n'avons pas reçu les subventions escomptées et annoncées par les diverses instances cantonales, puisque la somme totale perçue à ce jour est de CHF-170'000.
Le canton encourage notre initiative mais peine à nous soutenir financièrement.

- Est-ce que l’on peut dire que Cartigny a un bilan écologique exemplaire ?

Les points positifs résident en effet dans le fait que notre commune économise chaque année plus de 2000 tonnes de CO2,  qui sont subventionnées à hauteur de CHF- 80 la tonne par la confédération. Notre bilan écologique est très bon. Notre commune s’inscrit dans une vraie démarche environnementale globale avec le développement du chauffage bois, de l’énergie solaire et  la gestion raisonnée des déchets. Depuis plusieurs années, le prix du bois de nos forêts  s’est stabilisé  par rapport aux autres combustibles (augmentation de 200% en 10 ans pour l'huile de chauffage), ce qui nous assure une indépendance énergétique et un bilan écologique des plus performants.

- Quelles sont les prochaines étapes ?

Il faut savoir que nous sommes toujours en procès avec l'entreprise qui est à l'origine de la mal façon des voûtes, nous sommes également dans l'attente d'éventuelles subventions nouvelles ou complémentaires pour le raccordement du hameau de la Petite Grave.
Pour terminer, des informations seront régulièrement diffusées sur ce site internet.